Lexique



B

Bandes de tension

Bandes de toile ou d'intissé collées sur le pourtour d'une toile généralement, permettant de retendre celle-ci sur un châssis. Ces bandes sont posées quand la toile doit être démontée de son châssis et que ses bords de tension originaux sont trop courts pour permettre une remise en tension suffisante. Le démontage est nécessaire pour reprendre la tension de la toile, pour remplacer le châssis ou encore, pour réaliser un traitement sur le support.


Bâti de travail

Châssis extensible en bois ou en métal, plus grand que le châssis original, sur lequel on accroche temporairement une toile, par des bandes de tension, afin de pouvoir intervenir plus facilement sur elle, tout en la maintenant en tension. Le bâti de travail permet de travailler plus facilement sur le revers de l’œuvre, et permet également de maintenir la toile en extension pendant une opération de doublage par exemple.



C


Cartonnage

Collage temporaire d’un papier sur la surface d’une peinture localement ou totalement afin de protéger les couches picturales soulevées ou très fragiles. Le cartonnage peut également permettre de reprendre certaines déformations. Le papier, son grammage, ainsi que l’adhésif utilisé pour ce traitement doivent être choisis en fonction de l’œuvre et du rôle qu’ils doivent jouer. Il faut dans tous les cas choisir un papier isotrope et une colle neutre, réversible, qui n’inhibe pas l’emploi d’autres produits et ne crée pas de modifications optiques après dégagement du papier.


Clés

Les châssis « à clés » possèdent des coins en bois appelés « clés », situés dans les angles et au niveau des traverses du châssis. Pour reprendre la tension d’une toile, ces clés peuvent être enfoncées afin d’ouvrir les angles du châssis.


Collage fil à fil

Collage de fils cassés ou coupés afin de refermer une déchirure par exemple. Ce collage point par point permet de restituer la trame originale de la toile afin de lui rendre une solidité structurelle tout en conservant son élasticité.

Ce collage peut également se faire lorsqu’il manque des fils ou des morceaux de toile. Dans ce cas les nouveaux fils (individuels ou provenant d’une incrustation) sont intercalés dans les zones lacunaires et sont collés aux fils originaux en périphérie du manque.



D


Décrassage

Retrait de la poussière incrustée au moyen de gommes (si les couches picturales sont sensibles à l'eau) ou de solutions aqueuses. Les solutions aqueuses sont choisies en fonction de la nature de la poussière à enlever et surtout en fonction de la sensibilité des couches picturales. Les produits pouvant être utilisés sont très variés  :

  • l’eau déminéralisée qui peut déclencher des actions physiques sur des matériaux solides comme l’ionisation de certains sels
  • les acides et les bases qui peuvent provoquer des réactions chimiques avec certains composés
  • les tensioactifs qui peuvent avoir un pouvoir moussant, émulsionnant ou mouillant
  • les complexants qui agissent sur les ions solubles de certains dépôts
  • les enzymes qui peuvent casser certains composés et ainsi favoriser leur élimination
  • les agents gélifiants qui permettent à la solution de nettoyage d’avoir une action plus localisée avec une pénétration maîtrisée. Ils permettent aussi une utilisation à la verticale et offre une cinétique ralentie.


Ces solutions peuvent être appliquées directement sur l’œuvre à l’aide d’un bâtonnet ouaté, ou peuvent être passées à travers une compresse.


Dépoussiérage

Retrait de la poussière superficielle sur la face et le revers des peintures au moyen d'aspirateur et de spalters doux


Doublage

Le doublage a été mis au point pour supprimer les dangers et contrôler les facteurs qui étaient mis en œuvre lors de rentoilages traditionnels à la colle.

Le doublage, permet de renforcer une toile fragilisée en raison de déchirures, de trous ou par oxydation, par collage au revers de celle-ci, d'une toile ou d'un intissé de renfort. Contrairement au rentoilage, l'adhésif utilisé est généralement passé sur le support de renfort, n'imprègne pas directement la toile originale, mais est réactivé par un apport de chaleur, de pression, de solvant... Le doublage offre ainsi la possibilité d'adapter les procédés de mise en œuvre en fonction de chaque altération et de chaque peinture. Il permet de contrôler la température, l’humidité relative, la pression, les tentions… et permet ainsi de doser précisément leurs effets (table aspirante, bâti de travail, écran d’encollage…).

Pour les méthodes contemporaines de doublage chaque opération utilise les matériaux, la mise en œuvre spécifiquement appropriés à l’altération. Les matériaux utilisés sont sélectionnés parmi ceux qui offrent la meilleure garantie de stabilité et de réversibilité. Les opérations de restauration seront traitées séparément : par exemple : reprise de déformation, rétablissement de la cohésion, de l’adhésion des couches picturales et consolidation du support.


Doublage aveugle

Le doublage aveugle est une alternative au doublage classique. Il permet lui aussi d'assurer un renfort pour une toile affaiblie mais simplement par contact et pas par collage. Le doublage aveugle est une toile, généralement en polyester, qui est tendue sur le châssis avant la toile originale. La toile, vient reposer sur la toile de doublage: ce système offre également une bonne protection contre les vibrations, peut pallier certaines variations hygrométriques et assure une protection contre la poussière.

Le doublage aveugle ne convient pas aux toiles très altérées.



G


Glacis

Couche de couleur transparente posée en couche fine pour augmenter la profondeur des teintes et régler l'harmonie colorée du tableau.



 I 


Incrustation

Pièce de toile ou fils collés dans un manque (trou, accroc, déchirure…) par collage fil à fil à la toile originale.

La toile ou les fils choisis pour l’incrustation doivent être le plus proche possible de la toile originale : même nature, même tissage, même épaisseur de fils.


Intissé ou non-tissé

Matériau dont l’apparence de tissu ne provient pas d’un tissage mais d’une compression des fibres avec un liant. L'intissé est isotrope, stable et offre une bonne résistance mécanique.



M


Marouflage

Le marouflage vient du mot "maroufle" : préparation à base de résine, de cire et d'ocre rouge en poudre. Plus généralement le marouflage consiste à faire adhérer à l'aide d'une colle très forte un support pictural mince et souple sur un autre support, le plus souvent rigide.


Masticage

La peinture de retouche que nous utilisons pour la réintégration colorée est une peinture qui donne des couches très fines. Cette épaisseur n'est généralement pas suffisante pour combler les lacunes. C'est pourquoi, afin de remettre les lacunes au même niveau que le reste de la peinture, nous devons les mastiquer. Le mastic qui est employé en conservation-restauration de peinture, est généralement composé de colle de peau et de carbonate de calcium. Il est appliqué à l'aide de fine spatule et ne doit jamais déborder des lacunes.


 

N


Nettoyage

Retrait du vernis avec un solvant ou un mélange de solvants. Les restaurateurs cherchent la solution de nettoyage la plus appropriée en effectuant différents tests en s’appuyant sur le triangle de Teas, en commençant par les produits les moins réactifs possibles. Le triangle de Teas est un graphique qui évalue le paramètre de solubilité des solvants et de certaines matières comme les résines ou les huiles. Ce paramètre est établi en fonction de trois caractéristiques : les forces de dispersion, les liaisons hydrogène et la polarité. Ce triangle permet de trouver quel solvant ou mélange de solvants pourra solubiliser quelle matière . Cette méthode permet de trouver un solvant ou mélange de solvants capable de solubiliser uniquement le vernis sans altérer les couches picturales originales.

Les solvants ou mélanges de solvants qui sont employés pour ces tests sont ceux préconisés par Paolo Crémonési* : ligroïne, acétone, éthanol… et pas de toluène, par exemple, qui est un solvant dont le caractère cancérigène et mutagène a été établi . Outre l’intérêt de leur plus faible toxicité pour leurs utilisateurs que d’autres solvants, ils permettent de solubiliser l’ensemble des couches de protections trouvées à la surface des peintures.

*CREMONESI P., Materiali e Metodi per la Pulitura di Opere Policrome, éd. Phase, Florence, 1997. Ces tests se fondent sur la variation progressive du degré de polarité du mélange de solvants.



P


Papier de bordage

Ce papier, souvent du papier kraft, est posé sur la couche picturale d’une œuvre, au niveau de ces arrêtes. On trouve souvent ce type de papier sur des œuvres rentoilées afin de protéger les bords de la toile originale coupés au format du châssis et aussi pour éviter le décollement des deux toiles. Le papier de bordage peut également servir à protéger les zones qui sont en contact avec la feuillure d’un cadre car ces parties peuvent en effet facilement être abrasées par le bois du cadre. Le papier de bordage présente cependant les inconvénients suivants :

  • Une perte de visibilité de l’ensemble de la couche picturale et donc de son diagnostic complet en cas de constat d’état ;

  • En cas de perte de tension de la toile, l’ouverture des angles d’un châssis à clés risquent de déchirer le papier ;
  • L’ajout d’une intervention à des opérations de restaurations ultérieures ;
  • La présence d’un adhésif à la surface de la peinture.


 

R


Ragréage des mastics

La peinture utilisée pour la réintégration colorée ne permet pas de faire d'empâtements ni de reproduire les reliefs d'une peinture. C'est pour cette raison que les mastics posés avant la peinture de retouche, doivent être "ragréés". Le ragréage consiste à sculpter les mastics avec un scalpel pour que leurs reliefs soient le plus proche possible de l'original (coup de pinceaux, empâtements, craquelures...).


Refixage

Collage des écailles de peintures qui se sont soulevées (soulèvements) au cours du temps et qui risquent de tomber.

Les colles utilisées pour ce traitement peuvent être protéiques si la couche picturale est fine, ou acrylique si la couche est épaisse. Dans tous les cas l'adhésif choisi doit avoir un bon pouvoir collant et une grande souplesse. Pour faciliter le collage, l’emploi d’une spatule chauffante permettra de faciliter la pénétration de l'adhésif, plastifiera légèrement la couche picturale et produira également une légère pression qui favorisera la prise de la colle. Pour faciliter l'adhérence, on peut également mettre le collage sous poids, ou placer la peinture sur une table aspirante.


Réintégration colorée

Comblement des lacunes de couche picturale avec une peinture de retouche afin de redonner une cohérence à l'ensemble de la composition peinte. La peinture utilisée pour cette réintégration doit avoir une nature différente de l'originale afin de répondre au critère de lisibilité du code de déontologie des conservateurs-restaurateurs. Cette peinture ne doit pas altérer les matériaux originaux, doit également être stable dans le temps et rester facilement réversible.


Rentoilage

Renforcement d'une toile fragilisée par collage d'une nouvelle toile de renfort à son revers. Ce traitement n'est presque plus utilisé aujourd'hui car l'adhésif employé imprègne profondément la toile originale et consolide également les couches picturales. Pour faciliter l’imprégnation de l'adhésif,  la mise en œuvre de ce traitement nécessite également l'emploi d'un fer à repasser qui outre l'apport de chaleur qui peut être très dommageable pour l’œuvre, peut également ramollir et aplatir les reliefs de la peinture.

Le doublage est généralement préféré au rentoilage.


Repeint

Peinture apposée sur une composition peinte par une autre personne que le peintre, un restaurateur par exemple, dans le but de cacher des éléments de taille réduite, ou parfois étendus à l’ensemble d’une composition. Lorsqu’ils sont partiels, ils sont  mis dans le but de transformer l’image ancienne afin de mieux l’adapter au goût du jour. Ils répondent ainsi à des critères de pudeur, d’iconographie ou encore d’histoire. Des repeints dit "techniques" peuvent également être peints sur une œuvre, afin d’en cacher les accidents (lacunes, usures…). A ne pas confondre avec les "repentirs".


Repentir

Peinture apposée sur une composition peinte par le peintre lui-même, dans le but d’améliorer ou de changer un détail de sa peinture.


Repiquage

Application par petits points ou par glacis de peinture de retouche sur des usures ou des repeints insolubles afin d'harmoniser la composition.



S


Scrupules

On appelle scrupules, les dépôts trouvés entre le châssis et la toile. Ils sont préjudiciables à l’œuvre à cause de leur poids et par phénomène d’hydrolyse fragilisent les fibres de la toile. En effet, l’accumulation de corps étrangers peut être à l’origine de déformations, notamment dans le bas des tableaux. En outre, en retenant l’humidité, ils créent un terrain propice au développement des micro-organismes. 


Sécurisation des clés

Les clés d’un châssis, lors de manipulations, peuvent tomber entre la toile et le châssis et peuvent ainsi déformer la toile et entraîner sa rupture. C’est pour cette raison qu’il faut les « sécuriser ». La sécurisation consiste à fixer ces clés au châssis : par collage temporaire ou liage avec une ficelle.


Soulèvements

Écailles de peintures qui ont un problème d'adhésion avec la préparation ou avec le support. Elles ne tiennent à la peinture que par un seul côté ou même simplement par électricité statique.


Spalter

Pinceau large et plat utilisé notamment pour appliquer des vernis, des résines de consolidation ou pour dépoussiérer.



T


Table aspirante

Table reliée à un système d'aspiration. La partie supérieure est constituée d'une plaque métallique perforée, et la partie inférieure d'un caisson étanche permettant une répartition uniforme de l'aspiration. Cette table, en maintenant une pression constante et uniforme, est utilisée notamment pour doubler les toiles, ou pour refixer des écailles.